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Les conférences d'automne 2008

Société traditionnelle
contre consumérisme libertaire ?

Chacun répète qu'il faut plus d'autorité dans notre société en craignant aussitôt une dérive possible vers l'autoritarisme. Comme si, en chacun de nous, cohabitaient des aspirations contradictoires. C'est l'expression d'une difficulté à conjuguer le respect des limites avec l'aspiration à la liberté de chacun. Dans la famille, à l'école, dans la cité, l'image d'une société de contrainte demeure ancrée dans les esprits alors que la nécessité d'énoncer des règles communes s'impose à toute vie sociale. Ceci est dû au fait que nous vivons selon des types de représentation figées :, d'un côté, liberté irresponsable, de l'autre. Selon Aristote, la nature nous dicte des hiérarchies qui ne sauraient être remises en cause au risque de contrarier l'ordre naturel du monde. Le rôle du père est assimilé à la fonction royale. La femme et les enfants sont des sujets devant soumission et obéissance sans espérer la moindre explication ou justification. D'où, dans l'Antiquité, un respect dû à l'Ancien personnifié par le père. Ce sont là les bases de toute société traditionnelle où le pouvoir de commander est réservé à celui dont la vocation est de faire respecter un ordre stable et immuable. Cette société traditionnelle est structurante - peut-être trop ! Elle est surtout broyeuse de toute velléité d'autonomie.

Aujourd'hui, nous ne vivons plus, en Occident, selon les critères définis par la société antique. L'autoritarisme patriarcal ne fait plus recette ! Nos sociétés démocratiques ont suscité d'autres normes. En quelques générations seulement, des mutations importantes se sont imposées. Des formules comme " j'ai envie, donc j'ai droit ! " ont remplacé les anciennes soumissions. La modernité démocratique met à plat les hiérarchies " naturelles " avec l'oubli du respect dû à l'âge ou à la compétence. Le principe démocratique d'égalité investit tout : c'est le culte des égos et de l'individualisme consumériste. La société de marché où le client est roi investit toutes nos manières de penser et de nous comporter vis à vis d'autrui. Dans ce contexte, l'individu est reconnu libre de ses emballements spontanés. Il agit comme un consommateur faisant jouer la loi de l'offre et de la demande. Dans la famille, l'enfant a du mal à comprendre que cette perversion de l'idéologie démocratique ne trouve pas droit de cité. Il en est de même à l'école où la différenciation enseignants/enseignés a tendance à s'estomper, comme si les premiers avaient du mal à accepter d'être des transmetteurs de connaissances. D'être détenteurs d'une autorité sur les seconds.

Car, qu'est-ce que l'autorité ? C'est d'abord ce qui fait grandir et croître. Ce qui oriente vers un " plus être ", un " mieux-être ". Selon Hannah Arendt, l'autorité doit s'imposer d'elle-même ; ne pas dépendre de la contrainte ni de la persuasion rationnelle. Donc, une participation personnelle sous forme de croyance est requise. Tout en sachant que la croyance en une personne peut être perverse. Rien de pire qu'un tyran qui sait se faire aimer !
Derrière la crise d'autorité dans laquelle nous vivons se dissimule la crise de la légitimité, la crise de la croyance. Une crise de la croyance touchant au fondement du lien social. Pour qu'il y ait participation personnelle de chaque membre du groupe, l'adhésion croyante de chacun s'impose. Cette adhésion peut puiser son énergie dans la fondation. Se rendre compte d'un " déjà là " permet de commencer. De commencer de continuer. Face aux scribes et aux pharisiens, Jésus concentrait en lui ce pouvoir des commencements. Jésus enseignait " en homme qui a autorité mais pas comme les scribes "(Mc 1,22). Son autorité est une " autorité énonciatrice " permettant d'engendrer la croyance.

Jésus proclame le règne de Dieu comme une création en profondeur qui fait croître et augmenter.
L'autorité de Jésus suscite une croyance qui relève.
Qui " autorise " à une plénitude de vie.

Rémy Hebding,
journaliste et essayiste

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