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Liste des articles

L'enlèvement de Jésus,
l'Ascension
( Actes 1 : 1-11)
L'Ascension c'est peut-être
un terme assez malheureux pour désigner ce qui s'est passé,
pas simplement ce qui s'est passé, pas simplement ce qui
s'est passé physiquement mais ce qui s'est passé
dans l'esprit et dans le cur de ceux qui en ont été
témoins. C'est un terme qui sert à désigner
cette montée au Ciel du Christ ressuscité. L'Evangile
de Luc et le texte des Actes des Apôtres mentionnent explicitement
cet épisode. Les représentations médiévales
qui représentent cette montée au Ciel sont souvent
des figurations très naïves. Les apôtres sont
tournés vers des pieds, les pieds du Christ qui s'élèvent
dans les nuages. Représentation naïve d'un fait qui
résiste à la transcription en image. Dans Luc 24,
versets 50 à 53, il est dit que le Christ ressuscité
se sépare d'eux. Il se sépare des disciples avant
d'être emporté au Ciel. Et dans le texte des Actes
il est question d'un enlèvement de Jésus au Ciel.
Plus qu'une Ascension, c'est un enlèvement et le verset
3 précise qu'il a lieur 40 jours après la résurrection
de jésus, période pendant laquelle Jésus
apparut vivant à ses disciples et leur parla des choses
qui concernent le royaume de Dieu.
Ainsi, le ressuscité est enlevé. Il est enlevé
pendant que les disciples le regardent et qu'une nuée le
dérobe à leurs yeux. C'est plus un départ
qu'une montée vers les Lieux et les mythes des religions
parlent aussi d'Ascension, d'escalade, d'escalade de l'échelle
mystique permettant d'atteindre un degré supérieur
de connaissance mais le Christ, lui, ne gravit pas les divers
cieux qui le séparent du monde céleste pour accéder
enfin à ce qui serait une lumière supraterrestre.
La montée des âmes vers le Ciel de la perfection.
Non.
Celui qui est enlevé possède déjà
la gloire de la vie. Le ressuscité est enlevé à
la vue de ses disciples, celui avec qui ils cheminaient durant
40 jours leur est aujourd'hui dérobé et on peut
comprendre l'insatisfaction des disciples face à ce qu'ils
peuvent considérer comme la frustration d'une présence.
Ils ressentent un manque, ils ressentent un abandon. Pendant 40
jours ils étaient avec lui et aujourd'hui celui-ci part.
On ne peut pas dire qu'il s'enfuit mais qu'il est dérobé,
dérobé à leur vue, dérobé à
leur présence, dérobé à leur amour,
dérobé à leur désir. Or dans cet enlèvement,
c'est Dieu qui est le sujet de l'action. Il agit à l'encontre
du désir des disciples. Ceux-ci voudraient que leur seigneur
demeure à jamais à leurs côtés, avec
eux, qu'il continue à vivre avec eux pour leur parler du
Royaume de Dieu. Mais Dieu décide de leur dérober
cet homme qu'ils aiment tant. Dieu se heurte à leur désir
de communion avec Jésus. Là où nous pourrions
voir l'accomplissement d'une montée apothéose du
héros Jésus, je dirai qu'il y a une intervention
de Dieu, une intervention de Dieu pour séparer Jésus
de ses proches, pour séparer Jésus de ceux qu'il
aime, pour séparer Jésus de ses disciples.
C'est un enlèvement. C'est un enlèvement de notre
prétention à saisir celui qui constamment nous échappe.
Celui qui nous échappe est celui qui nous rejoint, nous
visite, est avec nous. Et nous voyons là, comme les disciples,
un trajet impossible entre Dieu et nous. Entre nous et Dieu. Parler
de montée au Ciel - qui est notre désir le plus
fort - équivaut à exprimer l'inaccessible, le non
concevable, l'inexprimable. Nous pensons alors que seul un homme
hors du commun, qui n'est déjà plus un homme, peut
y prétendre. Même cela, si cela nous est refusé,
même cela leur est refusé.
Le récit des Actes est le seul texte canonique décrivant
la montée de Jésus au Ciel. Mais c'est une description
extrêmement discrète. C'est une extrême discrétion,
c'est un tableau sobre, trop sobre peut-être à nos
yeux. Non, non, non, ce n'est pas l'apothéose du héros
païen comme Romulus ou Mithra ni même les précédents
bibliques comme ceux d'Hénoch ou d'Elie faisant intervenir
le nuage stéréotypé. Certes il y a un nuage
comme dans les théophanies, il y a aussi une parole angélique
qui explique la scène mais le texte renonce à fournir
du mystère une description purement réaliste, elle
serait d'un goût douteux comme dans certains textes apocryphes.
Non, le texte se limite à ce que nous pourrions considérer
comme des données essentielles qui évoquent le sens,
qui évoquent le sens de cette glorification terrestre du
Christ. Celle-ci est inséparable de sa résurrection
mais surtout elle est inséparable de sa crucifixion. Celle-ci
oriente directement la vision donnée par l'Ascension. La
croix lui confère son véritable mystère car
c'est le crucifié, l'homme Jésus qui entre dans
la gloire céleste. C'est le rejeté, le laissé
pour compte, celui qui n'a rien pour attirer le regard, c'est
celui-là, celui-là. Dieu l'a désigné
pour donner un nouveau sens, une nouvelle traduction au mot gloire
et aussi au mot ciel qui est considéré comme l'habitat
de la divinité - car le mot ciel sert de métaphore
pour désigner le lieu où réside la divinité.
Or maintenant, depuis la crucifixion, depuis la résurrection,
depuis l'Ascension, le Ciel n'est plus ce lieu inaccessible que
l'on atteint par l'ascèse dans un dialogue personnel et
privilégié avec Dieu. Le Ciel n'est plus le fruit
d'un détachement mystique mais d'une rencontre mystérieuse
avec celui qui est d'autant plus présent lorsque nous renonçons
à l'enfermer dans un savoir initiatique qui serait réservé
à quelques uns.
La vérité qu'il nous révèle est toute
autre. La vérité qu'il nous révèle
est plus proche de notre quotidien : ce n'est pas un au-delà
de notre vie. Elle est au centre de notre existence cette vérité,
elle n'est pas au Ciel, très loin, au-delà des nuages.
Elle est là, elle est là tout près, toute
proche, trop proche peut-être pour en percevoir la possibilité.
Nous attendions l'impossible et c'est le possible que nous ne
savons pas discerner. Or le crucifié qui est aussi le Christ
triomphant de la mort - inaugure un monde nouveau, un mode nouveau
de vie auprès de Dieu. Dès maintenant nous sommes
appelés à entrer dans cette réalité
nouvelle, cette réalité du monde nouveau où
règne le Christ. Nous sommes invités à vivre
d'une façon nouvelle qui soulève ce monde vers la
transformation de gloire à laquelle Dieu l'appelle. Et
c'est dans le texte des Ephésiens que nous avons lu tout
à l'heure qu'il est dit que celui qui est descendu est
aussi celui qui est monté, mais qui est monté plus
haut que tous les cieux afin de remplir l'univers. On voit là
la dimension cosmique de cet accomplissement. Plus haut que tous
les cieux, plus haut que toutes les divinités inventées
par les hommes, plus haut que l'humainement concevable, plus haut
que nos désirs d'escalader le Ciel.
Gens de Galilée, pourquoi, pourquoi restez-vous là
à regarder vers le Ciel ? Pourquoi ? Voilà la question
qui est posée aux disciples qui ne se remettent pas de
cet abandon. Ce Jésus avec qui ils avaient vécu
40 jours dans l'espérance de son Royaume, voilà
qu'il leur est subtilisé pour leur montrer que le ciel,
le Royaume, ce que nous désirons le plus n'est pas au-delà
mais au cur de nos vies. Il suffit sans doute d'écouter,
de voir, d'être réceptif, de s'arrêter un instant,
de cesser de s'affoler pour des choses inutiles et de comprendre
ainsi, de comprendre toute une vie, toute une existence, de se
comprendre totalement. Dire oui, dire oui à celui qui nous
attend et qui nous montre un chemin qui n'est pas un chemin de
perfection mais un chemin d'accueil, d'amour et de reconnaissance.
Amen.
Rémy Hebding
Culte de l'Ascension, le 25 mai 2006
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Lecture de la Bible
Actes 1 : 1-11
Théophile, j'ai parlé, dans mon premier
livre, de tout ce que Jésus a commencé de faire et
d'enseigner dès le commencement jusqu'au jour où il
fut enlevé au ciel, après avoir donné ses ordres,
par le Saint Esprit, aux apôtres qu'il avait choisis. Après
qu'il eut souffert, il leur apparut vivant, et leur en donna plusieurs
preuves, se montrant à eux pendant quarante jours, et parlant
des choses qui concernent le royaume de Dieu. Comme il se trouvait
avec eux, il leur recommanda de ne pas s'éloigner de Jérusalem,
mais d'attendre ce que le Père avait promis, ce que je vous
ai annoncé, leur dit-il; car Jean a baptisé d'eau,
mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint
Esprit. Alors les apôtres réunis lui demandèrent:
Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume
d'Israël? Il leur répondit: Ce n'est pas à vous
de connaître les temps ou les moments que le Père a
fixés de sa propre autorité. Mais vous recevrez une
puissance, le Saint Esprit survenant sur vous, et vous serez mes
témoins à Jérusalem, dans toute la Judée,
dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre.
Après avoir dit cela, il fut élevé pendant
qu'ils le regardaient, et une nuée le déroba à
leurs yeux. Et comme ils avaient les regards fixés vers le
ciel pendant qu'il s'en allait, voici, deux hommes vêtus de
blanc leur apparurent, et dirent: Hommes Galiléens, pourquoi
vous arrêtez-vous à regarder au ciel? Ce Jésus,
qui a été enlevé au ciel du milieu de vous,
viendra de la même manière que vous l'avez vu allant
au ciel.
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