L'avenir ne fait plus rêver
Quand la finance prétend être sa propre fin,
la machine s'emballe
Que se passe-t-il ? Les pratiques
spéculatives modernes visent une rentabilité maximum
à court terme. Et les logiques financières maximisent
un projet immédiat sans se préoccuper le moins du
monde des conséquences pour l'avenir. Tout semble aller
vite,
trop vite. Nous ne vivons plus dans la durée de la production
mais dans l'instant de la spéculation. Le vouloir et le
faire se télescopent sans laisser de place au futur. L'endettement
par le crédit donne une image assez juste des nouveaux
modes d'existence à l'uvre à tous les niveaux
de la sphère économique. Nous avons la possibilité
de consommer et de posséder des biens avant de les avoir
payés. Le temps nous fait crédit. Il est pourvoyeur
de richesses. Nous l'exploitons comme nous exploitons une terre
supposée posséder des ressources illimitées,
inépuisables. Nous savons qu'il n'en est rien, et nous
continuons à vivre selon les schémas d'une consommation
sans retenue. Mais cette course folle se paye par l'exploitation
des plus faibles. Les pratiques spéculatives ne produisent
pas de richesses. C'est une économie de prédateurs
qui enrichit certains dans l'instant et appauvrit le plus grand
nombre dans la durée.
Or, si, pour le chrétien, l'avenir a un sens, c'est en
raison d'une inscription dans le passé. Un passé
qui le projette dans un futur débarrassé de toute
illusion et de toute malédiction. C'est le temps de la
vigilance. L'espérance biblique est attente confiante au
cur des préoccupations et des idolâtries de
notre monde. Il s'agit, dès à présent, de
lire les signes d'un avenir transfiguré répondant
à un appel à la conversion et au changement de nos
manières de vivre en société.
La crise financière a mis à nu une crise bien plus
profonde et bien plus essentielle que celle concernant les mécanismes
économiques échappant à toute régulation.
Elle concerne la manière dont nous nous inscrivons dans
le présent face à des lendemains incertains. La
confiance en l'avenir y a sa part. Et le sens attribué
au mot " espérance " participe de cette interrogation
première. Même si l'aspect strictement économique
du problème semble cacher toute autre approche du problème.
Rémy HEBDING
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