Les conférences d'automne 2008
L'autorité des parents
L'autorité est actuellement
un thème très médiatisé et discuté,
tant le désarroi de nos sociétés face à
l'éducation de nos enfants et de nos adolescents est grand,
que se soit à la maison ou à l'école.
Il est des partisans pour une autorité forte, d'autre à
qui elle fait peur, évoquant un retour à l'autorité
patriarcale.
Pour la psychanalyste que je suis, l'autorité prend toute
son importance d'abord dans les premières années
de la vie de l'enfant, puis, à quatre ans, lors du complexe
d'oedipe.
En effet, c'est une notion qui est fondamentale à ce moment
de la construction de structuration de l'individu.
Bien souvent nous confondons l'autorité et l'autoritarisme.
L'autorité se décline autour de la loi, loi qui
encadre et qui apaise, alors que l'autoritarisme est un abus de
pouvoir, qui entrave le développement de l'enfant.
Aujourd'hui, les parents n'osent plus faire preuve d'autorité,
ayant peur de blesser, de traumatiser leur enfant et d'empêcher
leur développement, alors que, bien au contraire, elle
est fondamentale et structurante pour eux.
Même avant l'âge de quatre ans, l'enfant a besoin
d'un cadre.
Madame Dolto, grande psychanalyste de notre époque, a mis
en avant que le bébé, l'enfant était un sujet
à part entière. Elle a su écouter les bébés,
leur parler, les comprendre.
Mais elle a aussi développé dans sa théorie,
ce qu'elle appelle les castrations symboligènes.
Et cette partie de son uvre est beaucoup plus passée
sous silence.
Castration, cela veut dire en psychanalyse, ne pas faire tout
ce que l'on veut, faire la différence entre les désirs
imaginaires de toute puissance qu'a l'enfant à ce moment-là
de sa vie, et la réalité.
Ici l'autorité de l'adulte tutélaire prend toute
son importance : il doit donner à son enfant, les satisfactions
qu'il demande et dont il a besoin, lui apprendre le plaisir et
le désir de vivre, mais en même temps doit, à
chaque stade de son développement, lui faire découvrir
d'autres plaisirs, d'autres objets, le castrant de son premier
plaisir pour qu'il puisse s'élargir sur d'autres.
Ainsi, par exemple, la mère va permettre à l'enfant
de se séparer du sein ou du biberon, pour qu'il puisse
élargir sa possibilité de communiquer et utiliser
sa bouche comme zone de plaisir langagier de communication.
Grâce à l'autorité bienveillante du parent,
l'enfant élargira ses connaissances, et découvrira
de nouveaux plaisirs.
L'enfant oedipien, vers trois-quatre ans, est pris dans des désirs
très forts .
Bien sûr, il aime, comme nous le savons, le parent du sexe
opposé, mais plus que de l'aimer, le désire avec
son corps.
Monsieur Nasio nous montre dans son livre intitulé "
Le complexe d'oedipe, le complexe le plus crucial de la psychanalyse
" que l'enfant a envie de posséder le corps de l'autre,
il a envie de mordre, de serrer fort, d'embrasser, d'agresser.
Il est pris dans un désir joyeux de toute puissance.
Et c'est au père, celui que nous appelons symbolique, celui
qui représente la loi, d'arrêter son enfant dans
ses désirs imaginaires de toute puissance, et de lui dire
que ce n'est pas possible.
Que ce n'est pas possible d'avoir sa mère pour lui tout
seul, pour le garçon, ou d'être le seul objet de
désir du père, pour la fille.
Grâce à ces refus du père symbolique, l'enfant,
angoissé, parce que craignant son père, renoncera
à ses pulsions, et pourra se tourner vers le monde, pour
apprendre à lire, à faire du sport, à jouer,
à s'intéresser à autre chose qu'à
ses parents pris comme objet de sa satisfaction.
C'est là que se constituera le SURMOI, interdit intériorisé,
qui lui dira en lui-même :
" Calme toi "
" Ne fait pas cela "
" Travaille ! "
C'est aussi à ce moment-là du développement,
que prend source la culpabilité, affect indispensable,
si elle n'est pas trop forte, au bon fonctionnement de l'être
humain en société, lui permettant de juguler son
agressivité, et de savoir la contrôler.
Une fois adolescent, le sujet, après une période
d'accalmie, est reconfronté à la pulsion qui le
ré envahit comme lorsqu'il avait quatre ans
.
Il a alors besoin de son père et de sa mère, comme
d'un cadre fort . Il ne s'agit pas alors de l'empêcher de
tout faire, mais de mettre des limites, permettant à l'adolescent
de garder des repères face au chaos pulsionnel qu'il doit
traverser, pour passer de l'enfant qu'il était à
l'adulte qu'il va devenir.
La délinquance n'est pas, quoi qu'on puisse en dire actuellement,
un problème de génétique
C'est un problème d'éducation, et donc qui a affaire
avec l'autorité, soit qu'elle ait été trop
forte, et l'adolescent devient un tyran, comme ses parents l'étaient
avec lui ;soit que l'enfant n'a été confronté
à aucun cadre, et n'a pas appris à respecter l'autre
et à maîtriser ses pulsions.
Au regard du développement de l'enfant, et de ce dont
t-'il aura éternellement besoin pour grandir, il devra
toujours se confronter au père, que nous appelons symbolique,
celui qui représente la loi (cela pouvant être le
père, le beau-père, la mère, un oncle, un
ami
) pour pouvoir apprendre à juguler ses pulsions,
et à pouvoir s'ouvrir vers les autres et avoir des relations,
sociales et humaines, saines.
Françoise Dufour, psychanalyste,
à Vétheuil, le 12 novembre 2008