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Accueillir l'autre
Quand chrétiens, juifs et musulmans réfléchissent
ensemble sur le thème de l'hospitalité
" Action de recevoir chez
soi, d'accueillir avec bonne grâce ". C'est la définition
donnée par le Robert du mot " hospitalité ".
C'était le thème choisi par l'association socio-culturelle
An-Nour, en partenariat avec le groupe de dialogue Souffle et Chemins,
lors de la conférence-débat du 19 février à
la Maison de quartier de l'Axe Majeur - Horloge. Plus précisément
: " L'hospitalité, source de fraternité ".
Devant une salle pleine, les trois intervenants représentant
les trois grandes religions monothéistes ont permis aux nombreux
participants de saisir la richesse de leurs approches respectives.
Pour Ghaleb Bencheikh, président de la conférence
des religions pour la paix et animateur de l'émission "
Islam " sur France 2, l'hospitalité est une valeur fondamentale
pour l'islam. " Accueillir l'autre, c'est accueillir Dieu en
l'autre ", car existe une unité du genre humain sous
forme d'une seule et unique famille se devant respect et hospitalité.
Nous ne devons pas hésiter à ouvrir notre porte pour
" l'enfant de la route ". L'intervenant souligne une particularité
de la langue française : le mot " hôte "
sert à désigner l'invité et l'invitant.
Le même mot signifie l'acte de recevoir et celui d'être
reçu ; une manière de souligner l'intérêt
commun à apporter à deux démarches apparemment
différentes mais participant chacune d'un même esprit
d'ouverture à l'autre. Une préoccupation partagée
par Emile Moatti, délégué général
de la Fraternité d'Abraham et membre du Comité directeur
de l'Amitié judéo-chrétienne de France. L'exemple
négatif de Caïn et Abel doit nous inciter à rechercher
une vraie fraternité. Et la Bible nous montre des illustrations
positives de l'hospitalité, mais aussi son contraire. Elle
nous décrit toutes les possibilités de la liberté
humaine et nous place ainsi devant notre responsabilité :
" Qu'est-ce que je dois faire puisque Dieu existe ? "
C'est la question majeure au-delà de toute interrogation
métaphysique, portée par la personne d'Abraham.
Puis c'est au tour de Geneviève Comeau, professeur au Centre
Sèvres, à Paris, et spécialiste du dialogue
interreligieux, d'insister sur la définition de l'accueil
de l'autre : " la gratuité et la surprise y sont déterminantes,
sinon c'est de l'hôtellerie ! " Et de rappeler le ministère
itinérant de Jésus, ce voyageur incognito jamais pressé
de révéler son identité, comme à Emmaüs.
Jésus accueille sansdiscrimination les laissés pour
compte de la société : aveugles, malades, paralytiques
en
créant chaque fois un espace de liberté autour de
lui. " Il dit : " ta foi t'a guéri "et non
" je t'ai guéri ". Il révèle ainsi
toute l'importance de la participation de la personne concernée.
Ce n'est pas un banal faiseur de miracles. Le seul miracle étant
celui de la foi.
Geneviève Comeau parle d'une transformation mutuelle issue
de toute rencontre vraie. " Accueillir en soi la différence
de l'autre implique une transformation mutuelle avec le risque,
donc, d'être soi-même transformé ". L'aventure
de l'interreligieux " suppose beaucoup de confiance et de patience
". Et de citer trois mots permettant de caractériser
cet itinéraire : " enrichissement, appauvrissement,
déstabilisation ". Trois manières de ne pas sortir
indemne de l'épreuve de l'hospitalité, car c'est chaque
fois notre structure intérieure qui se voit mise à
l'épreuve.
Une confrontation pouvant se révéler enrichissante
mais aussi déroutante. Une réelle aventure, en quelque
sorte.
Rémy Hebding
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